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Désintégration

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Extrait de mon journal
Je ne sais pas ce que j’ai déclenché mais c’est particulièrement désagréable. Maintenant c’est une sorte de colère qui gronde en moi. Cette impression d’être une petite fille gâtée qui s’invente des malheurs pour ne pas s’ennuyer. J’ai la pénible impression que tout ce que j’ai écrit tout à l’heure est un tissu d’âneries.
Comment répondre à une question quand on ne sait même pas laquelle poser ? C’est qu’il n’y a pas de question du tout, que j’ai tout inventé pour occuper une vie bien banale ?
Tu as peut-être raison. Une bonne psychanalyse, une semaine à la mer et puis zou ! Fini les conneries.
Je ne vais quand même pas tourner en rond comme ça pendant des mois !
Mars 2001

Non, pas des mois, des années… Ce n’est pas faute d’y avoir cru. J’ai failli plusieurs fois publier mon journal, me croyant enfin « arrivée ». Ç’aurait été une sorte d’anthologie de la psychothérapie, pour dire aux autres et surtout à moi-même : voyez ! ça marche ! Encore plus fort, après la découverte de mes rayures, le tome 2 aurait crié à tous : « Passez un test de QI, après on est heureux !« . J’y croyais oui : de nouveaux amis, un nouvel amour, la promesse d’une vie sereine, enfin…

Mais j’avais oublié un détail.

Clair-obscur

clair obscurCe matin, un rêve sensitif – comme je les appelle – m’a tiré du sommeil d’un coup.

Mon père et moi étions dans une immense forêt, nous marchions, il allait de son côté et moi du mien. Une longue rivière chargée de boue nous séparait. Et, alors que je le regardais fouler la terre de son pas nonchalant, j’ai vu un félin – de type lion – lui barrer le passage.

La guerre est finie

Extrait de mon journal
Je viens de voir à la télé un Monsieur rayonnant qui construit des maquettes d’église avec des bâtons d’esquimaux !
C’est quoi mon bâton d’esquimau à moi ?
J’entrevois tous les possibles mais ils brillent tous ensemble et je ne sais lequel cueillir.
Mars 2001

lost child by silverwing sparrowTreize ans plus tard, j’en suis au même point.
Entre temps, des années de spéléologie psychologique, des larmes, des souffrances conscientisées, une destruction massive de tout ce qui faisait mon identité.
J’ai tout perdu plusieurs fois : une partie de ma famille, mes couples, mes boulots, de nombreux amis, des lieux de vie, mes habitudes alimentaires, et même mes certitudes quant à mon orientation sexuelle.

Parfois, j’ai eu l’impression d’avoir tout gagné, d’être libre pour la première fois de ma vie.

Libre de quoi ?

La rage de revivre

Suicide_by_celticwillowJe viens de comprendre que je me suis suicidée, sans doute vers l’âge de 14 ans. Suicidée intellectuellement et culturellement. Ce hara-kiri que j’observe chez pas mal de surdoués masculins et qui se situe en général à l’âge adulte, qui me fascine et me questionne, il a eu lieu beaucoup plus tôt chez moi. Apparemment chez les filles c’est comme ça, si j’en crois JSF. Il a eu lieu avant même que j’ai eu le temps de me construire. Les fausses idoles, les musiques mièvres, les fausses préoccupations sont venues remplir le vide intersidéral de ma solitude. J’ai totalement cessé de lire, de me cultiver, attention danger.

Le chemin du cœur
Point quatre : le patriarche

dieuQuand maman est partie, je me suis agrippée de toutes mes forces à ce filet de vie en moi, en investissant mon papa comme un dieu tout puissant, en voulant devenir lui, en ne voyant plus que lui plutôt que ma propre souffrance.

Mon papa, il savait tout, voyait tout, décidait de tout. Je lui vouais une grande admiration. Et à la fois, il me terrorisait.

A deux ans, j’étais déjà capable de reconnaître une latte de parquet, strictement identique aux autres à première vue, qui séparait le salon de la salle à manger : il y avait le côté autorisé, et le côté interdit.

Le chemin du cœur
Point trois : le miroir brisé

MamanPour moi, être n’est pas un jeu. C’est un combat de chaque instant, c’est très sérieux. J’ai souvenir de ma mère portant des lunettes noires quasiment en permanence : je ne pouvais pas me voir dans ses yeux. Dans mes dessins d’enfant, elle est omniprésente, comme une princesse que je dessinerais des centaines de fois parce qu’il vaut mieux imaginer que de sentir le manque. Elle prend toute la place sur la feuille, immense. Mon jouet préféré était alors un Arlequin, petit bonhomme déstructuré, habillé des morceaux des autres.