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Sciences existentielles

Ces dernières semaines, la seule image que j’ai trouvée pour illustrer mon état intérieur est cette toile monochrome :

Robert Ryman

Robert Ryman, Chapter, 1981

« Le blanc permet à d’autres choses de devenir visibles« 

Effectivement, ce rien n’est pas vide, c’est une sorte de terre brûlée recouverte d’un manteau de neige qui assourdit tous les bruits du monde. J’ai parfois l’impression d’observer l’humanité et la planète comme j’observais les fourmilières quand j’étais gamine, accroupie et fascinée pendant des heures, seule. Il y a sans doute encore quelque chose de fertile là-dessous, mais comme suspendu dans une hibernation dont seule la nature connaît la fin. J’espère une rencontre sans l’attendre réellement. Rencontre avec l’autre, rencontre avec l’intangible, rencontre avec un désir…?

La rage de revivre

Suicide_by_celticwillowJe viens de comprendre que je me suis suicidée, sans doute vers l’âge de 14 ans. Suicidée intellectuellement et culturellement. Ce hara-kiri que j’observe chez pas mal de surdoués masculins et qui se situe en général à l’âge adulte, qui me fascine et me questionne, il a eu lieu beaucoup plus tôt chez moi. Apparemment chez les filles c’est comme ça, si j’en crois JSF. Il a eu lieu avant même que j’ai eu le temps de me construire. Les fausses idoles, les musiques mièvres, les fausses préoccupations sont venues remplir le vide intersidéral de ma solitude. J’ai totalement cessé de lire, de me cultiver, attention danger.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 1. Précocité

PRÉCOCITÉ ?????

nour bébé - CopieLes premiers progrès

Dès le début, certains signes, si nous avions été correctement informés, auraient du nous alerter. Mais nous n’en connaissions pas même le concept, et d’ailleurs qu’est-ce que ça nous aurait apporté ? A part de cesser de s’étonner ?

On sentait bien qu’il y avait un truc qui clochait, comme si on évoluait dans un univers parallèle, mais on s’était si bien mis dans un style de vie « à part », bien avant la naissance de notre fils, qu’on ne se croyait pas autorisés à tracer les contours de ce qui est « normal ». Et puis quand on devient parent, il faut sans cesse faire des choix que l’univers entier vous brandit à la face et ça détourne l’attention.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL- Introduction

fenêtre sdb

PENSER AUTREMENT : L’INATTENDU ET LE CAPTIVANT

 

Nous l’avons nommé « lumière » parce que nous l’avons conçu dans un pays de clarté indicible et parce que je vis une histoire intense et éternelle avec ces particules que je ressens comme une véritable entité.
En français, ce serait Luc, mais nous l’avons décliné en arabe pour l’aider à s’intégrer dans ce pays si totalement différent du sien et où il devra grandir.
C’est ainsi que Nour naît à Tiznit, au Maroc, mi-juin, d’un couple de parents français d’origine italienne absolument émerveillés.

Le chemin du cœur
Point six : cogito ergo sum

CogitoJ’ai dû commencer à penser tôt, très tôt. Il fallait absolument mettre du sens sur une expérience insensée. Parfois j’ai l’impression de n’être qu’un cerveau, comme celui qui vit dans un bocal dans « La cité des enfants perdus ». Petite fille, on me voyait déjà assise, pendant des heures, à observer et réfléchir, les sourcils froncés, tel un petit penseur de Rodin. Je disséquais, j’analysais, je structurais le monde. Comment un ver de terre arrive-t-il à défaire le nœud que je viens de faire avec son corps ? Comment les fourmis s’organisent-elles lorsque j’inonde une des entrées de leur maison ? C’est en regardant la nature que j’ai créé mes hypothèses. D’ailleurs, j’ai choisi plus tard de faire des études de biologie, dans un effort toujours renouvelé de comprendre le fonctionnement de la vie. Adolescente, je collectionnais les articles de génétique publiés dans Sciences et Vie. Comment se transmet la vie ?

Le chemin du cœur
Point cinq : le livre-évasion

La petite carotte courageuseJe me suis toujours nourrie avec les livres et l’écriture ; avant même de savoir lire, je « corrigeais » au stylo rouge des pages écrites, comme papa et maman, qui étaient tous deux professeurs de français.
Dès que j’ai su lire, j’ai passé des heures, isolée dans ma chambre, enfermée et pourtant libre. J’ai hurlé ma solitude avec Croc-Blanc, je me suis évadée avec La petite chèvre de Monsieur Seguin, j’ai trouvé l’essentiel avec Le Petit Prince, j’ai transgressé la loi de la tribu avec Le Premier Amour. J’ai lu l’intégralité des Contes et Légendes que j’allais chercher, tome après tome, à la bibliothèque. Le temps s’arrêtait, il fallait venir m’interrompre pour aller manger ou dormir. Les contes de Grimm, d’Andersen, des Milles et Une Nuits ; Oui-oui, Fantômette, la Comtesse de Ségur ; et puis la bibliothèque verte, Alice, Jules Vernes. À douze ans, j’avais lu l’œuvre complète de Boris Vian…