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La suffocation

220px-Maelstrom-ClarkeJ’étais en pleine kissariat des bijoutiers au centre de Tiznit, en train de papoter en berbère avec un bijoutier, de travailler donc, quand mon mari m’appelle. Je sors de la minuscule échoppe pour avoir du réseau et je l’entends dire, sur un ton scandalisé, « ils ont tué Cabu, Wolinski, grouiiiiiiii, les barbus, grouiiiiiiiiiiiiii, plein de morts, grouiiiiiiiii » et hop ça coupe.
J’ai eu un maelström dans la tête.

Suffer suffer for world

1er_juin_1885_-_Enterrement_Victor_Hugo

J’ai suivi tous ces événements de côté, sans réellement y entrer. Un peu comme dans un brouillard.

Le mercredi matin de l’attaque de Charlie Hebdo, j’étais à Paris. Nous venions d’arriver le soir avant en provenance de la Montagne Noire, et de quelques jours passés en famille, encore un peu tristes d’avoir quitté une petite fille et sa mère. Ce matin-là ce je me suis réveillé et j’ai préparé deux entretiens pros que je devais faire dans l’après-midi dans le 18ème. Plongé dans mes papiers et mon écran, je n’ai rien vu, j’ai juste appris l’info avant de partir, mais je n’avais l’esprit qu’à mes rendez-vous, l’itinéraire à prendre, et ne pas trop arriver en retard. Une journée à discuter, riche et intéressante, puis un retour interminable dans la cohue et la foule triste du métro parisien. Arrivé dans le petit appart de l’amie qui nous héberge, j’apprends le nombre de morts, et leur qualité. Wolinski, Cabu, Maris, bah oui ça me parle.

Je ne sais pas

hope

Le hasard du calendrier… J’étais à Paris ce jour-là…

Je ne me souviens pas de comment j’ai appris la nouvelle. Mon cerveau n’a pas enregistré cette information. C’est déjà très significatif sur la façon dont j’ai vécu ce moment : « Je ne veux rien savoir« . Mais la télé était allumée chez mon amie, j’ai assisté aux scènes en direct. J’avais beau essayer de détourner mon regard, c’est toujours hypnotique ce genre d’images. La peur dans la voix des personnes réfugiées sur le toit…

Un peu plus tard, j’ai entendu les noms de ceux qui étaient mort. J’ai secoué la tête. J’ai vu passer derrière mes yeux l’image de ce drôle de troll souriant, coiffé au bol, qui dessinait pour moi tous les jours, au temps où ma nounou s’appelait Dorothée.