Quanta soi

Objets inanimés, avez-vous donc une âme

qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?

Alphonse de Lamartine

(1790-1869)

Maman, les objets ont-ils une âme ?

Je m’entends lui répondre que si l’âme, c’est une forme d’énergie située au coeur de la matière alors oui ils en ont une. En d’autres termes, je déplace la question vers le sujet de réflexion « les objets ont-ils conscience d’eux-même. » Pour une question d’enfant de huit ans, c’est bien suffisant.

Amorçant un voyage dans le temps, je visualise l’imposante masse énergétique bleue du dangereux cerveau réglant les actions des Vénusiens dans la bd Le trio de l’étrange avec l’héroïne de mon enfance Yoko Tsuno.

Le tour de force de Yoko avait été de bloquer l’intrusion inquisitrice de cette énergie bleue dans son propre cerveau par la seule force de sa concentration. Calme, yeux fermés, en position tatami, elle s’était muée en matière inorganique non analysable.

Ce qui avait eu pour conséquence de la rendre Indigeste dans ce monde souterrain dont le despote était cette masse énergétique colossale et bleue. Elle avait été rejetée. Crachée comme un noyau de datte hors du monde vénusien.

Depuis cette lecture à l’âge qu’a aujourd’hui mon fils avec sa question, je visualise toute forme d’énergie ainsi. Au coeur de chaque atome de la table sur laquelle je prends appui, de la nappe qui la recouvre, des habits sur mon corps, des flashes bleus partout, rapides et éblouissants, qu’aucun gps ne pourra jamais localiser.

Des réseaux lumineux comme ceux des mégapoles la nuit, des synapses tout le temps, des connexions internet modélisées.

mon-ciel

Chaque objet est constitué d’atomes au sein desquels les électrons impriment un fort mouvement et donc une énergie motrice. Ce bouillonnement, est-ce que ça fait d’eux des artefacts sortant de leur statut inerte ? Est-ce que la matière peut être considérée comme pensante du seul fait qu’elle est agissante ? Si l’âme, c’est avoir conscience de soi, nous ne savons pas après tout si elle n’a pas conscience d’être ainsi ondulatoirement constituée.

Notre cerveau humain est capable de centraliser et de traiter les données, mais on peut imaginer une autre façon de se mouvoir que par la triade cerveau-muscles-sang dès lors qu’il s’agit d’une matière non charnelle.

Est-ce que n’avoir aucune prise active sur sa locomotion, c’est ce qui détermine si la conscience de soi est à l’oeuvre ou non ? Nous, êtres humains, sommes-nous plus capables que la matière inerte de comprendre ce qui nous constitue ? Nous ne sommes pas plus à même que la matière inerte de nous mouvoir dans les plans qui nous intéressent.

Quel est le rôle du cerveau dans ces conditions ?

Conscientiser l’humain ou assumer son rôle d’antenne radio pulsant ces mouvements ?

Il semble que seule l’échelle change … A leur échelle, les objets inanimés ont le même degré d’interaction consciente avec l’énergie qui les constitue que les humains. Nous avons un match d’avance sur un plan, ce qui nous permet juste de savoir en toute conscience que nous manquons cruellement de levier d’action sur les autres.

Une impressionnante quantité de points d’interrogation pour un texte somme toute assez court

L’énergie folle qui se déploie à tout instant au cœur de nos cellules (l’équivalent de deux allers-retours de la France en une seconde quand même, telle est la vitesse des électrons autour du nucléon) en avons-nous conscience ? Jamais. Pouvons-nous la mobiliser en cas de besoin ? Absolument pas. Pas en l’état de nos connaissances en tous cas. Cette énergie, sentons-nous dans quoi elle se déploie ? Pouvons-nous nous représenter l’impressionnante quantité d’espace dont elle dispose pour assumer son rôle ? Qui, là maintenant tout de suite, sent qu’il est constitué à 99,99 % de vide ?

Un vide libératoire, de quoi se défouler, nous avons de véritable stades de football au sein de chaque atome ! Au point que je me demande si ce n’est pas ce vide abyssal qui joue le rôle le plus important, lui qui assume la fonction la plus conscientisée de nos êtres.

Un vide respiratoire. Un souffle de géant à chaque solution de continuité. Les êtres humains dans leur espace sous-membraniques, espace magique animé d’ondes cinétiques qui ne parviennent à le traverser que par la grâce d’une vitesse nommée lumière. Un vide sans lequel nous ne serions que matière effondrée, trous noirs dévoreurs, dieux Chronos affamés de nous-mêmes.

Pouvons-nous lever les yeux vers les étoiles pour leur demander la réponse ? Vous sublimes étoiles qui obéissez aux mêmes lois faites d’attractions orbitales, à quoi vous sert tout ce vide ? Pouvons-nous calquer le modèle ? Nous en inspirer ?

Est-ce lui qui nous pense ? Peut-on encore appeler cela du vide d’ailleurs, ne devrait-on pas inventer un autre mot… Vide immanent si spacieux qu’il permet à l’énergie d’exister. Il semblerait que ces ondes là aient besoin de beaucoup d’espace pour se propager, énergies subtiles, dosées comme il faut, à la bonne mesure…

Ce vide chante, vibre, exalte et règle nos courages au quotidien, c’est lui qui renvoie les ondes du vouloir-être, quoique nous fassions de notre savoir-être ou encore de notre maigre savoir qui-nous-sommes.

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