Page 2 of 2

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 6. Hypersensibilité sensorielle

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

« -Moi j’ai une arme pour jouer à cache-cache !

– Ah ! oui ? et c’est quoi ?

– L’ouïe ! j’entends fort tu sais, même si je cache mes yeux pour compter, mon ouïe elle me dit où il est allé, il ne me reste plus qu’à trouver dans cet endroit les bonnes cachettes. D’ailleurs, je sais toujours quand ça va sonner. Les transports scolaires ont beau être loin de ma classe, je les entends démarrer et ça veut dire que c’est presque l’heure. »

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 5. Veut tout comprendre

11866618-fond-d-39-etoile-de-noel« -Maman, le maître, en cours de sciences, il a dit : qui sait ce que veut dire hayaouanatoun baïdan et je l’ai su d’un coup je sais pas comment ! Il avait à peine fini que j’avais levé le doigt ! »

– Ah, bon ? Et c’est quoi?

– Ben tu sais, les animaux qui font des oeufs,

-Ah ! les ovipares,

– Voiiiiiiiiiiiiiilà !  »

Je me disais que j’allais me servir de l’exemple des cours à l’école pour parler de cette façon de savoir « d’un coup », de ses capacités d’apprentissage et de mémorisation assez étonnantes, puis je me suis dit que s’il était assez excité par les ovipares en arabe pour nous en parler, alors qu’habituellement il ne nous raconte RIEN de sa vie à l’école, c’était parce qu’il s’agissait du cours de sciences naturelles.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 4. Capacité d’adaptation sociale

??????????

LE CAMÉLÉON

De l’avis général, jamais personne ici n’a vu de petit français aussi parfaitement capable de s’intégrer en milieu arabe « sans même y penser ». Il a les codes et connaît tout, le ton, l’accent, la vie au ras du sol sur les tapis, les prières locales, l’océan, les jeux de mots, les moues et les gestes.

Mais aussi les tables avec des chaises, les couverts à table, les toilettes à l’européenne, les pubs sur boomerang en français, la méditerranée, les églises, les agacements et les connivences à la française.

Même son expression corporelle change, ses expressions de visage, sa façon de faire danser les mains dans l’espace, tout un vocabulaire qui se mime.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 3. Intolérance à l’injustice et faible estime de soi

calimero trop injuste
Au bout de deux ans passés à la maternelle du village, Nour peut se vanter d’avoir plein de copains chez lesquels je le conduis le week-end. Il comprend le berbère et a très bien réussi son intégration, il est apprécié. D’ailleurs, quand je marche dans les rues avec lui, j’entends psalmodier son prénom, parfois chanté nour nour ananour (lumière lumière je suis la lumière surnaturelle) en référence au coran, généralement accompagné d’un beau sourire. Tout le monde sait qu’il a appris des sourates à l’âge de 2 ans, et il passe pour un enfant « élu ». De plus, étant fin et clair de peau, les canons de beauté enfantine locaux sont à son avantage.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 2. Introspection angoissée

DSCN4745

LA MORT

La petite section à deux ans donc, et quelques mois plus tard, en même temps qu’il acquiert du vocabulaire dans cette troisième langue qu’est l’arabe, il démarrera une longue crise métaphysique : Dieu existe-t-il ? Comment est-il ? Où vit-il ? Que veut-il ? A quoi ressemble-t-il ? Où irais-je après ma mort ? qu’est-ce que je deviens si vous mourrez ? Comment le corps se décompose-t-il après la mort ? Pourquoi ? Les yeux restent-il s ouverts ?

A l’école, on lui parle déjà de Dieu, omniprésent dans cette culture. Et voilà….

Je l’ai sevré il y a peu, à son grand dam, est-ce lié ? La perte du sein à 22 mois couplée à la découverte du divin vécue comme un drame ? Nous sommes désemparés face à ces crises d’angoisse. Un enfant de deux ans ! Comment est-ce possible ? Il est si petit !

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 1. Précocité

PRÉCOCITÉ ?????

nour bébé - CopieLes premiers progrès

Dès le début, certains signes, si nous avions été correctement informés, auraient du nous alerter. Mais nous n’en connaissions pas même le concept, et d’ailleurs qu’est-ce que ça nous aurait apporté ? A part de cesser de s’étonner ?

On sentait bien qu’il y avait un truc qui clochait, comme si on évoluait dans un univers parallèle, mais on s’était si bien mis dans un style de vie « à part », bien avant la naissance de notre fils, qu’on ne se croyait pas autorisés à tracer les contours de ce qui est « normal ». Et puis quand on devient parent, il faut sans cesse faire des choix que l’univers entier vous brandit à la face et ça détourne l’attention.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL- Introduction

fenêtre sdb

PENSER AUTREMENT : L’INATTENDU ET LE CAPTIVANT

 

Nous l’avons nommé « lumière » parce que nous l’avons conçu dans un pays de clarté indicible et parce que je vis une histoire intense et éternelle avec ces particules que je ressens comme une véritable entité.
En français, ce serait Luc, mais nous l’avons décliné en arabe pour l’aider à s’intégrer dans ce pays si totalement différent du sien et où il devra grandir.
C’est ainsi que Nour naît à Tiznit, au Maroc, mi-juin, d’un couple de parents français d’origine italienne absolument émerveillés.

Aspergirl : l’Asperger au féminin

Aspergirl : c’est comme ça que Rudy Simone, dans livre Aspergirls: Empowering Females with Asperger Syndrome (qui existe aussi en français), appelle les femmes avec un syndrome d’Asperger, c’est à…

Réflexion sur la liste des traits censés définir l’individu surdoué

 Gifted by Mr Frenzy on Devian ArtAprès avoir découvert avec stupeur à l’âge de 38 ans que j’étais une personne dite surdouée, j’ai parcouru de nombreux sites et forums dédiés au sujet. Il m’est apparu que, curieusement, la douance est très souvent associée à la notion de souffrance et de difficultés.

J’ai le sentiment que de nombreux surdoués en recherche d’identité s’identifient à des caractéristiques censées les « définir » alors qu’en réalité ce seraient, selon mon hypothèse, des traits psychologiques individuels développés au sein d’une pression environnementale particulière. Le fait que ces traits puissent être partagés par un grand nombre d’individus surdoués donnerait une illusion d’identité commune alors qu’il y a probablement autant de différences entre deux personnes dont le QI est élevé qu’entre deux personnes de QI moyen.

Je suis un zèbre

« Quel que soit son domaine de création, le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça : une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible. Pour lui, un…

Psychothérapeutes : chronique d’une désillusion

Le 8 octobre 2003, l’amendement Accoyer(1), visant à réglementer l’usage du titre de psychothérapeute, était voté à l’unanimité des douze députés présents et du Docteur Mattéi, alors Ministre de la Santé, après 5 minutes et 30 secondes de « débat ».

Le 20 mai 2010, le décret relatif à l’usage du titre de psychothérapeute(2) est promulgué.

Entre temps ? Six ans et demi de navettes parlementaires…

Parcours contemplatif

parcours6La première fois que j’ai rencontré Yann, c’était subrepticement, dans un couloir. Nous avons échangés quelques mots mais déjà, j’étais propulsée ailleurs, hors du temps, hors des paroles, j’ai été littéralement aspirée par son regard. C’était comme si deux dialogues avaient lieu à la fois : le sens anodin d’une demande administrative, et le partage muet de deux inconscients pour qui les mots sont inutiles : une première prise de contact avec son univers.

Et puis Yann est venu en visite dans mon groupe de formation. « Je suis acrobate, dans les arbres » nous a-t-il dit : de quoi alimenter ma fascination et mon imaginaire. Ses mouvements, son rapport au corps et sa façon de parler des arbres comme s’ils étaient des amis me mettaient soudainement en contact avec tout ce dont je m’étais coupée : mon propre corps, mes sensations, et l’énergie de la nature.

Petite règle du jeu de la manipulation

wizard by tess_27Ce manuel est à l’usage des personnes un peu trop naïves qui se demandent souvent pourquoi elles sont systématiquement le dindon de la farce dans le grand jeu de la vie. Nous les appellerons victimes. Il peut également s’adresser aux personnes conscientes de leurs pulsions manipulatrices et qui, avec un peu d’humour, souhaitent mieux comprendre le jeu auquel elles s’adonnent.

Le chemin du cœur
Point neuf : les elles du désir

Modelage

Pendant longtemps, j’étais plutôt tranquille au fond de ma forteresse, bien plus préoccupée par le social et mon image que par ce qui se passait à l’intérieur. Ce n’est qu’après le bac, lorsque j’ai « coupé le cordon » pour la première fois et que j’ai commencé à voler de mes propres ailes que l’effondrement a commencé, lentement mais sûrement. J’avais vingt ans la première fois que je suis restée paralysée, livide, sans comprendre ce qui m’arrivait. Au lieu de faire consciencieusement mes devoirs pour le lendemain, j’étais en train de prendre un grand plaisir à jouer à la console vidéo : j’ai été terrassée par ce que j’identifie aujourd’hui comme ma première attaque de panique.

Le chemin du cœur
Point huit : la réconciliation

Château double

Il y a quelques années, lors d’un stage de feu l’ANPE, une formatrice m’a dit : « Votre CV fait peur ! Vous avez fait tellement de choses différentes qu’on ne sait pas qui vous êtes ». J’ai gentiment accepté de « maquiller » cette image sociale de moi pour lui donner une forme cohérente, masquant certaines expériences, modifiant le libellé de certaines autres,… J’ai bien senti que je n’étais pas d’accord, mais je n’ai rien dit, j’ai joué le jeu. Cet épisode banal résume assez bien l’histoire de ma vie.

Le chemin du cœur
Point sept : le porte-parole

wolf_by_YorvigL’écriture a toujours été mon mode d’expression privilégié. Lorsque j’ai quelque chose d’important à dire à quelqu’un, je lui fais une lettre, prenant ainsi le temps de peser mes mots, de choisir ce que je veux dire et comment. J’ai conservé des tas de boites à chaussures pleines d’une correspondance riche : amis, famille, correspondants à travers le monde,… C’est le moyen détourné que j’ai trouvé pour pouvoir dire quand même là où je n’ai pas été entendue. Toute expression d’émotion ou de ressenti est vécue comme une incongruité par les membres de ma famille.

Le chemin du cœur
Point six : cogito ergo sum

CogitoJ’ai dû commencer à penser tôt, très tôt. Il fallait absolument mettre du sens sur une expérience insensée. Parfois j’ai l’impression de n’être qu’un cerveau, comme celui qui vit dans un bocal dans « La cité des enfants perdus ». Petite fille, on me voyait déjà assise, pendant des heures, à observer et réfléchir, les sourcils froncés, tel un petit penseur de Rodin. Je disséquais, j’analysais, je structurais le monde. Comment un ver de terre arrive-t-il à défaire le nœud que je viens de faire avec son corps ? Comment les fourmis s’organisent-elles lorsque j’inonde une des entrées de leur maison ? C’est en regardant la nature que j’ai créé mes hypothèses. D’ailleurs, j’ai choisi plus tard de faire des études de biologie, dans un effort toujours renouvelé de comprendre le fonctionnement de la vie. Adolescente, je collectionnais les articles de génétique publiés dans Sciences et Vie. Comment se transmet la vie ?

Le chemin du cœur
Point cinq : le livre-évasion

La petite carotte courageuseJe me suis toujours nourrie avec les livres et l’écriture ; avant même de savoir lire, je « corrigeais » au stylo rouge des pages écrites, comme papa et maman, qui étaient tous deux professeurs de français.
Dès que j’ai su lire, j’ai passé des heures, isolée dans ma chambre, enfermée et pourtant libre. J’ai hurlé ma solitude avec Croc-Blanc, je me suis évadée avec La petite chèvre de Monsieur Seguin, j’ai trouvé l’essentiel avec Le Petit Prince, j’ai transgressé la loi de la tribu avec Le Premier Amour. J’ai lu l’intégralité des Contes et Légendes que j’allais chercher, tome après tome, à la bibliothèque. Le temps s’arrêtait, il fallait venir m’interrompre pour aller manger ou dormir. Les contes de Grimm, d’Andersen, des Milles et Une Nuits ; Oui-oui, Fantômette, la Comtesse de Ségur ; et puis la bibliothèque verte, Alice, Jules Vernes. À douze ans, j’avais lu l’œuvre complète de Boris Vian…

Le chemin du cœur
Point quatre : le patriarche

dieuQuand maman est partie, je me suis agrippée de toutes mes forces à ce filet de vie en moi, en investissant mon papa comme un dieu tout puissant, en voulant devenir lui, en ne voyant plus que lui plutôt que ma propre souffrance.

Mon papa, il savait tout, voyait tout, décidait de tout. Je lui vouais une grande admiration. Et à la fois, il me terrorisait.

A deux ans, j’étais déjà capable de reconnaître une latte de parquet, strictement identique aux autres à première vue, qui séparait le salon de la salle à manger : il y avait le côté autorisé, et le côté interdit.

Le chemin du cœur
Point trois : le miroir brisé

MamanPour moi, être n’est pas un jeu. C’est un combat de chaque instant, c’est très sérieux. J’ai souvenir de ma mère portant des lunettes noires quasiment en permanence : je ne pouvais pas me voir dans ses yeux. Dans mes dessins d’enfant, elle est omniprésente, comme une princesse que je dessinerais des centaines de fois parce qu’il vaut mieux imaginer que de sentir le manque. Elle prend toute la place sur la feuille, immense. Mon jouet préféré était alors un Arlequin, petit bonhomme déstructuré, habillé des morceaux des autres.

Le chemin du cœur
Point deux : le moi-passoire

dessin1Mon corps s’est fermé, comme une forteresse. Emprisonnée à l’intérieur, intouchable pendant des années, une petite fille qui attend qu’on vienne la chercher. J’ai traversé la vie comme une sorte de bulldozer, sans rien sentir ou presque. D’excellents résultats à l’école, bien sage à la maison, des amis, et puis des petits amis ; j’ai fini par croire et faire croire que j’allais très bien. Adaptation sociale absolument parfaite ! Pourtant, à chaque départ, à chaque au-revoir, à chaque rupture amoureuse, quelque chose en moi se brisait. Mais je repartais, je retrouvais quelqu’un, vite, pour ne pas m’effondrer. Ce n’est que bien plus tard, avec le travail thérapeutique, que j’ai démêlé peu à peu l’écheveau pour recontacter l’essentiel.

Le chemin du cœur
Point un : la fermeture du corps

bellmerÇa n’était pas facile pour papa et maman quand je suis arrivée ! Une seule pièce pour nous trois, les études à terminer, il n’y a pas vraiment de place pour moi, je dors sur leur lit. Vite, il faut tout faire vite : manger, aller à la crèche. Les actes sont minutés, complètement dé-corrélés de mes besoins. De toutes façons, on mange à heures fixes quand on est un bébé, c’est la mode, c’est comme ça qu’il faut faire. J’ai été sevrée à 4 mois et puis j’ai eu ma chambre. Au début j’ai hurlé tous les soirs pendant une heure, toute seule dans le noir. Ma souffrance est le monde, le monde est ma souffrance. Rien ni personne ne vient contredire cette certitude. Parfois, je crois frôler la mort, étouffée par ma propre rage de vivre. Papa interdit à maman de venir me voir : « il ne faut pas câliner les enfants, elle finira bien par se calmer ».

Le chemin du cœur
Point zéro : le début et la fin

Camille ClaudelPuisque c’est ici que tout se termine, commençons par là… Je suis perdue au milieu du cosmos, loin de tout visage familier.

J’ai abandonné mon métier, mes amis, mon appartement parisien pour aller vivre dans un lieu-dit au fin fond de la campagne française. Lorsque ce mouvement a été irréversible, le déménagement effectué, la femme vers qui j’avais fait ce long voyage m’a annoncé : « Je ne suis pas amoureuse de toi ». Trou noir, sidération. Mon corps s’est tétanisé, mon cerveau a cessé de fonctionner. Mon regard s’est perdu quelque part entre le plafond et l’espace. Vais-je basculer du côté de la folie ? Me laisser mourir ? Je me sens aspirée inexorablement vers le fond de la spirale de ma vie. En une fraction de seconde, présent et passé se rejoignent brutalement en un seul point de douleur.