Enzo est un petit dur à cuire. Sur sa branche de lunettes, il y a un morceau de scotch parce qu’elles sont cassées. Il n’a jamais rien connu d’autre que les cris et les insultes, alors forcément, il pense que la vie ça marche comme ça. Il frappe Louna, la chienne, Starwars, le chat. C’est sa manière de leur montrer qu’il les aime. Avec ses copains c’est pareil : il leur file des coups de pied, jette leurs jouets par terre et leur crache dessus, parce qu’il les aime bien aussi.

 

Jenny est l’aînée de la fratrie. Du haut de ses douze ans, elle prend très à cœur de s’occuper de son frère et de sa sœur. Elle est même tellement à l’aise dans ce rôle de petite mère qu’elle s’occupe aussi de tous les petits dans la rue. Il faut dire que sa maman, elle ne rigole pas tous les jours. Elle voit bien ses yeux rouges quand elle part le dimanche dans la voiture de papa. Mais quand elle revient, le frigo est rempli de yaourts à la vanille, et ça, elle aime bien.

 

Lili, elle ressemble à sa maman. Elle est toute petite pour son âge. Mais quand même, elle va déjà à l’école. Elle adore regarder les bébés dans les poussettes, ça la fait rigoler, elle leur fait des bisous tout doux. Pour ne pas avoir trop peur dans la grande cours en macadam, elle emmène toujours son NinNin. C’est un lapin rose tout sale, presque aussi grand qu’elle. Il ne la quitte jamais, heureusement ! Et puis maman lui fait toujours un gros bisou en partant, alors ça va.

 

Matisse il est en CE1, c’est un grand ! Comme c’est un enfant très vivant, le docteur il a dit qu’il était hybernatif. Il sait pas trop ce que ça veut dire, mais en gros, il a pas souvent des bons points. Mais quand même, il s’occupe bien de ses trois petits frères tout roux comme lui. La voisine elle a dit « S’il y a du danger, tu peux venir me chercher ». Alors quand ça barde entre papa et maman, il prend les petits par la main et il vient chez elle. Là-bas ça crie jamais.

 

Timéo ne va pas encore à l’école. Enfin si, le matin avec maman. Mais après il revient. Mais c’est pas grave, pasque y’a Baïa. C’est la voisine. Il l’aime bien la voisine. L’autre jour, il a frappé Matisse, alors elle lui a dit avec une voix toute douce : « Sur la terrasse de Baïa, on n’a pas le droit de frapper les gens ». Alors il l’a regardé avec ses grands yeux verts, il ne comprenait pas très bien. « Et on ne crie pas non plus ». « Pouquoi ? ». « Parce que ça ne sert à rien ».

 

Enya, elle l’aime bien le nouveau copain de maman. Il rigole souvent, et il l’emmène faire du vélo dans le parc où il y a les grands toboggans bleus. Il est pas là tout le temps, c’est dommage mais c’est pas grave. Enfin si, y’a quand même un truc qui n’est pas très cool depuis qu’il est arrivé dans sa vie : chaque fois qu’il est là, c’est elle qui doit aller promener le petit saucisson blanc, pasque maman, elle a plus envie. Et Enya, elle aime pas ramasser les crottes.

 

Emma cherche son diadème partout ! Maman ne va pas être contente si elle n’est pas jolie. Elle a bien vérifié ses boutons, ses lacets, sa petite robe à dentelle et ses socquettes « La reine des Neiges« . Elle met son cartable rose sur ses épaules et s’assied sur la petite chaise devant la porte. Elle attend maman, pasque dehors c’est dangereux, c’est maman qui l’a dit. Il y a plein d’enfants méchants et des gens bizarres, alors il faut faire vite pour sauter dans la voiture.

 

Ses deux enfants ne sont jamais nés. Ce n’est pas qu’il soit complètement trop tard, mais enfin, elle s’est faite à l’idée que parfois, dans une vie de femme, il n’y a pas de vie de mère. Alors quand les marmots envahissent sa terrasse, elle prend plaisir à s’en occuper un peu, planter des fleurs avec eux, leur montrer les points sur le dos d’une coccinelle, et leur dire de ne pas frapper le chat, parce que lui aussi il est sensible. Elle les aime bien ces petits lutins.

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