Il y a neuf portes entrouvertes dans le corridor. La dernière est manifestement fermée à clé.
Pourtant, elle n’a même pas cherché à pousser les autres pour vérifier. Elle est résolument campée devant la dixième, persuadée que c’est derrière celle-là que se trouve la Réponse.
Elle a tout essayé : chanter, pleurer, trépigner, lancer des sortilèges. Rien n’y a fait.
C’est un peu comme si, au fond, ça lui faisait plaisir de rester plantée là, juste à côté de neuf portes ouvertes.

***

Elle n’en revient pas.
La dixième porte ne s’est pas ouverte mais quelqu’un a glissé un message en dessous.
Elle est assise par terre, incrédule, lève les yeux vers le battant clos, puis les baisse à nouveau sur ce signe tant attendu, paralysée.
« Je suis derrière la porte mais je n’ose pas l’ouvrir ».
Son cerveau tricote des réponses en laissant échapper des milliers de points d’interrogation qui envahissent le corridor.
Elle ouvre la bouche mais aucun son n’en sort.

***

L’espoir d’une réponse, c’est ce qui la faisait agir.
Mais maintenant ?
Va-t-il ouvrir ?
Si oui, que va-t-il se passer ?
Elle jette un coup d’œil aux neuf portes entrouvertes : fuir ?
Impossible. Pas maintenant.
Mais s’il n’ose pas, comment l’encourager ?
Sa pensée se fige dans un brouillard d’impuissance.
Soudain, elle attrape le petit crayon mâchouillé qui ne la quitte jamais, griffonne au dos du message : « Qu’attends-tu de moi ? » et le glisse sous la porte…

***

Plusieurs heures s’écoulent en ruban gris le long des murs.
Elle est prostrée, le dos contre la porte, les yeux fermés, ne sachant plus vraiment si elle doit rire ou pleurer.
Toutes les questions sont parties se poser ailleurs. Sa tête est juste vide.
C’est dans cet espace attentif que se déplie tout à coup le frottement discret…
Un nouveau billet vient d’apparaître juste à coté de sa main, minuscule cette fois.
Dessus, il est écrit un seul mot : « Douceur ».

***

Elle fixe tellement le mot qu’il se faufile derrière la rétine, s’installe confortablement, et colonise bientôt son corps tout entier.
La tête se penche alors vers le chambranle, comme pour déposer un fardeau.
La bouche s’entrouvre à nouveau. Cette fois, elle se met à fredonner dans un souffle la chanson la plus douce qu’elle connaisse.
Puis elle se tait encore. Longtemps.
Juste au moment où l’espoir finit de fondre, un nouveau petit papier arrive lentement.

***

« Ce n’est pas cela que je veux, arrête cette mascarade ».

Un frisson de rage lui mord la colonne vertébrale.
Trop, c’est trop.
Elle se lève lentement, les poings serrés, et regarde chacune des neuf portes en plissant les paupières.
Dans l’embrasure de l’une d’entre elles, des rayons de lumière dansent joyeusement.
Elle fait un pas en avant, décidée à mettre un terme à cette vide attente.

Et se fige brutalement.

Un bruit de clé.
De poignée.
De gonds qui grincent…

***

Elle pivote très lentement sur ses pieds.
À la fois parce qu’elle a peur de ce qui pourrait lui arriver… mais aussi pour ne pas effrayer celui qui a ouvert la porte.
Sa main reste suspendue dans le vide un long moment avant de se poser délicatement sur la poignée.
La rage a laissé la place à une peur immense qui vibre jusqu’au bout de ses doigts.
Elle hésite. Plusieurs interminables minutes s’écoulent sans qu’aucun bruit ne lui parvienne de derrière la porte…

***

La porte s’efface sans effort. La pièce est minuscule, sans autre ouverture, et pourtant incroyablement lumineuse.
Elle cligne des yeux, ses pupilles se contractent. En face d’elle se tient une psyché souriante.
Une voix sereine dont elle ne sait pas vraiment si elle émane du lieu ou de sa propre tête murmure : « Tu peux choisir n’importe quelle porte, la Réponse est en toi. Prends soin de toi avec autant de douceur que celle que tu souhaites donner aux autres. »

Micro-fiction écrite dans le cadre des #MercrediFiction de Mastodon.