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Le hasard du calendrier… J’étais à Paris ce jour-là…

Je ne me souviens pas de comment j’ai appris la nouvelle. Mon cerveau n’a pas enregistré cette information. C’est déjà très significatif sur la façon dont j’ai vécu ce moment : « Je ne veux rien savoir« . Mais la télé était allumée chez mon amie, j’ai assisté aux scènes en direct. J’avais beau essayer de détourner mon regard, c’est toujours hypnotique ce genre d’images. La peur dans la voix des personnes réfugiées sur le toit…

Un peu plus tard, j’ai entendu les noms de ceux qui étaient morts. J’ai secoué la tête. J’ai vu passer derrière mes yeux l’image de ce drôle de troll souriant, coiffé au bol, qui dessinait pour moi tous les jours, au temps où ma nounou s’appelait Dorothée.

Mais je ne voulais pas savoir ! Je savais qu’il fallait que je me protège de tout ça. Parce que la dernière fois que Charlie était morte (la Foxy celle fois-là), c’est parce que j’avais communié que j’avais ensuite complètement pété les plombs. Des semaines entières d’attaques de panique. Une désintégration.

Je n’ai pas dormi cette nuit-là.

Pendant la minute de silence qu’a respectée mon amie devant sa télé, je me suis désespérément plongée dans l’écran de mon ordinateur. Surtout, surtout, ne pas communier.

Et puis la déferlante de pancartes « Je suis Charlie« … Impossible d’y échapper. Même jeudi sur les panneaux d’information de l’autoroute pendant que je rentrais à la maison. Merdeuh !

Ouf. La maison. Le seul endroit où je peux maîtriser l’afflux d’information. Et puis j’avais des choses à faire, un forum à créer. Ouf.

Dimanche, 16h05, le texto d’une autre amie : « C’est l’humanité qui résonne« . je n’ai pas compris, je n’ai pas répondu, je suis retournée à mon PHP.
Une heure plus tard, elle m’appelle : « C’est beau hein ?« . « Quoi donc ?« . « Ben… les gens, la solidarité….« . En quelques minutes de conversation, j’étais traversée par son émotion, j’avais les larmes aux yeux, sans avoir encore rien vu. Je tremblais, j’avais le sourire, elle semblait tellement heureuse. « Tu te rends compte ! C’est le début de quelque chose de grand !« . Je me suis sentie heureuse avec elle. Depuis tout ce temps que nous partageons nos espoirs d’un monde meilleur…

J’ai donc allumé la télé, et j’ai à nouveau été happée par les images, pendant des heures. Incrédule.
Et puis tout à coup, j’ai vu le visage ravagé des survivants. Détruits, mais debout. C’est seulement à ce moment-là que j’ai éclaté en sanglots.

Alors voilà. Je ne sais pas. Car je n’ai pas voulu, pas pu savoir. Le monde va-t-il changer ? Dans quel sens ? Je ne sais pas, et je ne le saurai qu’en continuant à vivre, avec l’espoir.

 

Image : Alephunky sur Devian Art