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Pour régler les problèmes, il existe une solution très simple. Trouver l’ennemi, l’éliminer. Même si on peut nuancer la technique, elle a encore un grand succès.

Mais dès qu’on s’intéresse à la systémique, on voit que tout ne peut pas être si simple.

Déjà il faut dire que la masculinité à forte dose n’est pas bien vue (ce phénomène n’existe pas avec la féminité). C’est la science qui dit ça. J’ai un exemple tout près de moi. Il fait presqu’1m90, une tête de boxeur avec la voix de Joe Cocker. Il fait parfois peur, et les gens n’ont pas toujours une attitude confiante envers lui. Pourtant il est plutôt soumis. Toujours la tête dans les épaules. Toujours à s’excuser à l’avance… d’exister. Il se sent très facilement coupable.

Probablement son enfance n’a pas été facile. Une étude récente expliquait qu’à comportement problématique égal, les petits garçons étaient plus sévèrement réprimés. Apparemment, à cause d’un effet de stéréotype. Résultat de cette différence, les garçons tournent plus mal des années plus tard que les filles tout aussi problématiques à la base. La systémique semble avoir raison : en ayant des stéréotypes sur la masculinité, on crée la violence qu’on cherche à réprimer.

Parce qu’au fond, il n’y a quasiment aucune différence homme femme. Les différences les plus flagrantes sont physiques. On peut mesurer des différences morales, mais sur des grands échantillons : ça n’a aucune valeur individuelle.

Ainsi en est-il de l’agressivité. La différence d’agressivité mesurée par les scientifiques est très minime. L’écart se creuse seulement dans les cas extrêmes. Mais comment expliquer que les grands psychopathes sont toujours des hommes ? De la même manière, qu’un musulman n’a pas une essence de terroriste, on ne peut pas déduire que testostérone égale agressivité.

D’autant plus qu’une étude récente montrait que la testostérone augmentait la générosité. Un article qui mettait un pavé dans la marre des idées reçues sur la testostérone.

Au fond, hommes et femmes sont des concepts principalement construits. La réalité sous-jacente est plus subtile et la science distingue plusieurs définitions (5 je crois). Sapho (du forum Kaleidoblog) en parlait récemment. En fait, on peut être un homme « physique » et avoir des chromosomes XX. Tout comme on peut être une femme « physique » et avoir des chromosomes XY. Les femmes ont de la testostérone et la différence de testostérone entre 2 hommes peut être d’un facteur 10. Tout comme entre homme et femme, mais on la fait où la séparation : on fait 3 groupes ? Et puis, on dit que le taux de testostérone dans l’utérus compte aussi, à ce titre garçons et filles sont sur un pied d’égalité.

Qu’est ce qu’il reste après ça comme certitudes ? Quand j’étais ado, je suivais les stéréotypes masculins : je n’exprimais jamais mes émotions, j’étais en contrôle permanent, et considérais ma force morale et ma volonté comme infaillibles. Mais entre l’image qu’on veut donner et la réalité quelle est la différence ? Aujourd’hui en ayant fait tomber ce masque, je me sais plus sensible que la majorité des femmes. Je pleure très facilement. Ça aide pour le théâtre ceci dit. A notre dernier spectacle, j’ai pleuré la moitié du spectacle sur scène avec mon personnage seul au monde. Je regarde un film triste, hop je pleure.

Suis-je pour autant féminin ? Non, ce fait n’apprend rien d’autre que : je pleure facilement. Il n’y a pas d’explication simple à donner, à me chercher une essence féminine. Non parce que le féminisme demande aujourd’hui de sortir des stéréotypes tout simplement. Tous les stéréotypes.

Ça demande un certain travail. Cela demande d’accepter qu’on a des stéréotypes pour s’en défaire. Cela demande d’affiner son regard. C’est passionnant, car on redécouvre l’individu dans sa subtilité et son unicité. Et ça dépasse largement les questions de genre.

En définitive je pense qu’on peut améliorer les choses avec plus de tolérance et d’individualisation, sans oublier une petite touche de science.

Note : ce texte a d’abord été écrit sur le forum, dans le fil du même nom. Crédit photo : Gary Knight