J’ai suivi tous ces événements de côté, sans réellement y entrer. Un peu comme dans un brouillard.

Le mercredi matin de l’attaque de Charlie Hebdo, j’étais à Paris. Nous venions d’arriver le soir avant en provenance de la Montagne Noire, et de quelques jours passés en famille, encore un peu tristes d’avoir quitté une petite fille et sa mère. Ce matin-là ce je me suis réveillé et j’ai préparé deux entretiens pros que je devais faire dans l’après-midi dans le 18ème. Plongé dans mes papiers et mon écran, je n’ai rien vu, j’ai juste appris l’info avant de partir, mais je n’avais l’esprit qu’à mes rendez-vous, l’itinéraire à prendre, et ne pas trop arriver en retard. Une journée à discuter, riche et intéressante, puis un retour interminable dans la cohue et la foule triste du métro parisien. Arrivé dans le petit appart de l’amie qui nous héberge, j’apprends le nombre de morts, et leur qualité. Wolinski, Cabu, Maris, bah oui ça me parle.

cavana-reiser-wolinski-gebe-cabu-hara-kiri-hebdo-bete-et-mechant-n-38-le-malaise-on-n-a-plus-de-gout-a-rien-livre-875831075_MLCharlie Hebdo, je ne le lisais plus vraiment, je n’ai jamais vraiment aimé les journaux satyriques en fait. Pour moi c’était surtout les Hara Kiri de mes grands frères, le Professeur Choron, Cavanna, et surtout celui que je préférais et de loin : Reiser. Le gros dégueulasse.

Retour dans le Nord, et l’action continue, l’épicerie juive de la porte de Vincennes, l’imprimerie… Je lis les témoignages, je suis tous ces gens, amis proches ou lointains qui deviennent « je suis Charlie ». Et puis cette grande manifestation de ce dimanche, une communion de 4 millions de français.

Ce matin, j’entendais je ne sais plus où se demander à quand remontait une telle affluence. Deux dates ressortaient : la mort de Victor Hugo et ses funérailles nationales le 31 mai 1885; et la libération de Paris en août 1944. Fichtre !

Je tombe sur ces mots, son testament :

Je donne cinquante mille francs aux pauvres.
Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard.
Je refuse l’oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes.
Je crois en Dieu

et sur cette réflexion d’Emile Zola :

« Victor Hugo est devenu une religion en littérature, une sorte de police pour le maintien du bon ordre […]. Être passé à l’état de religion nécessaire, quelle terrible fin pour le poète révolutionnaire de 1830186. »

1er_juin_1885_-_Enterrement_Victor_Hugo

Étonnant. Je pense à ces icônes de Charlie Hebdo, fêtés par 40 dirigeants du monde entier, encensés par le Pape, le Président des US, toute la droite française. Et le mot d’un des survivants avouant que tout ceci le dépassait.

Je repense aux autres grands rassemblements auxquels j’ai assisté : Mai 81, le sacre de François Mitterrand, le grand espoir de toute une génération dont je faisais partie, tout le monde connait la suite. Puis la chute du Mur de Berlin, en novembre 1989, j’y retrouve à peu près les mêmes que huit ans plus tôt, à casser des murs symboliques dans des bistrots branchés.

Le rassemblement populaire qui me fait le plus penser à ce dimanche dernier, en fait, c’est la France bleu-blanc-beur de 1998, la joie à la place du deuil. Je n’y ait pas participé, je n’ai toujours pas compris que l’on pouvait ressentir autant de joie pour une victoire dans un match de football – et j’aime le foot, et j’ai suivi quasiment toutes les coupes du monde depuis la victoire de l’Allemagne sur les Pays-Bas de Cruijf en 1974.

Pas trop d’affect donc chez-moi. Sauf comme d’hab, devant les sanglots de Maïa.

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Illustration : Al Ghazzali

Ma réaction ces derniers jours a plutôt été de lire, de chercher des liens, sur l’Islam, sur l’histoire, la philosophie. Conforter ce que je pense déjà, approfondir. Devant ce type de situations, c’est toujours pareil chez moi : un immense maelström où se mélangent histoire, géopolitique, philo, culture, religion, économie, psycho, socio, etc. J’ai besoin de sens. Je crois bien que ma seule défense contre la barbarie, la haine et la violence est bien la connaissance. Je hais définitivement la bêtise et l’ignorance.

Et en même temps j’ai beaucoup de boulot en ce début d’année, peu de temps à consacrer à autre chose. Je deviens peu disponible aux autres au final. Enfin surtout à l’autre hein.

Je lis également sur le Nigéria, sur Boko Haram. Terrible

Et me reviens en mémoire cette chanson que j’écoutais tant dans les années 80. Fela Kuti, le nigérian, roi de l’afro-beat et président de Kalakuta. Shuffering and Shmiling.


Suffer suffer for world SélectionnerMontrer