Category: Témoignages

Le sillage

Jeudi soir, c’était le jour de la réunion d’information des classes internationales pour les parents au futur collège de mon fils. Il est situé à gauche du transept…

Les étoiles de neige

Image au microscope de flocons de neige

Je me trouve dans une ville inconnue qui ressemble à Mexico. Les gens cependant y ont une attitude étrange qui ne correspond pas au pannel d’émotions-réactions classique des humains en général, même à Mexico. De plus, je connais vraiment Mexico et je sais que toutes ces attitudes semblent fausses, surjouées, dangereuses. Je sens que je suis passée dans une réalité autre mais je ne dispose d’aucun élément me permettant de le prouver, de le comprendre mieux, de l’analyser à froid, d’en sortir. Je remets à plus tard la résolution de ce mystère tout en gardant présent à l’esprit que ce monde est dangereux, beaucoup plus que le vrai qui est déjà pas mal dans le genre.

La suffocation

220px-Maelstrom-ClarkeJ’étais en pleine kissariat des bijoutiers au centre de Tiznit, en train de papoter en berbère avec un bijoutier, de travailler donc, quand mon mari m’appelle. Je sors de la minuscule échoppe pour avoir du réseau et je l’entends dire, sur un ton scandalisé, « ils ont tué Cabu, Wolinski, grouiiiiiiii, les barbus, grouiiiiiiiiiiiiii, plein de morts, grouiiiiiiiii » et hop ça coupe.
J’ai eu un maelström dans la tête.

Suffer suffer for world

1er_juin_1885_-_Enterrement_Victor_Hugo

J’ai suivi tous ces événements de côté, sans réellement y entrer. Un peu comme dans un brouillard.

Le mercredi matin de l’attaque de Charlie Hebdo, j’étais à Paris. Nous venions d’arriver le soir avant en provenance de la Montagne Noire, et de quelques jours passés en famille, encore un peu tristes d’avoir quitté une petite fille et sa mère. Ce matin-là ce je me suis réveillé et j’ai préparé deux entretiens pros que je devais faire dans l’après-midi dans le 18ème. Plongé dans mes papiers et mon écran, je n’ai rien vu, j’ai juste appris l’info avant de partir, mais je n’avais l’esprit qu’à mes rendez-vous, l’itinéraire à prendre, et ne pas trop arriver en retard. Une journée à discuter, riche et intéressante, puis un retour interminable dans la cohue et la foule triste du métro parisien. Arrivé dans le petit appart de l’amie qui nous héberge, j’apprends le nombre de morts, et leur qualité. Wolinski, Cabu, Maris, bah oui ça me parle.

Je ne sais pas

hope

Le hasard du calendrier… J’étais à Paris ce jour-là…

Je ne me souviens pas de comment j’ai appris la nouvelle. Mon cerveau n’a pas enregistré cette information. C’est déjà très significatif sur la façon dont j’ai vécu ce moment : « Je ne veux rien savoir« . Mais la télé était allumée chez mon amie, j’ai assisté aux scènes en direct. J’avais beau essayer de détourner mon regard, c’est toujours hypnotique ce genre d’images. La peur dans la voix des personnes réfugiées sur le toit…

Un peu plus tard, j’ai entendu les noms de ceux qui étaient mort. J’ai secoué la tête. J’ai vu passer derrière mes yeux l’image de ce drôle de troll souriant, coiffé au bol, qui dessinait pour moi tous les jours, au temps où ma nounou s’appelait Dorothée.

Clair-obscur

clair obscurCe matin, un rêve sensitif – comme je les appelle – m’a tiré du sommeil d’un coup.

Mon père et moi étions dans une immense forêt, nous marchions, il allait de son côté et moi du mien. Une longue rivière chargée de boue nous séparait. Et, alors que je le regardais fouler la terre de son pas nonchalant, j’ai vu un félin – de type lion – lui barrer le passage.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 6. Hypersensibilité sensorielle

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« -Moi j’ai une arme pour jouer à cache-cache !

– Ah ! oui ? et c’est quoi ?

– L’ouïe ! j’entends fort tu sais, même si je cache mes yeux pour compter, mon ouïe elle me dit où il est allé, il ne me reste plus qu’à trouver dans cet endroit les bonnes cachettes. D’ailleurs, je sais toujours quand ça va sonner. Les transports scolaires ont beau être loin de ma classe, je les entends démarrer et ça veut dire que c’est presque l’heure. »

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 5. Veut tout comprendre

11866618-fond-d-39-etoile-de-noel« -Maman, le maître, en cours de sciences, il a dit : qui sait ce que veut dire hayaouanatoun baïdan et je l’ai su d’un coup je sais pas comment ! Il avait à peine fini que j’avais levé le doigt ! »

– Ah, bon ? Et c’est quoi?

– Ben tu sais, les animaux qui font des oeufs,

-Ah ! les ovipares,

– Voiiiiiiiiiiiiiilà !  »

Je me disais que j’allais me servir de l’exemple des cours à l’école pour parler de cette façon de savoir « d’un coup », de ses capacités d’apprentissage et de mémorisation assez étonnantes, puis je me suis dit que s’il était assez excité par les ovipares en arabe pour nous en parler, alors qu’habituellement il ne nous raconte RIEN de sa vie à l’école, c’était parce qu’il s’agissait du cours de sciences naturelles.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 4. Capacité d’adaptation sociale

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LE CAMÉLÉON

De l’avis général, jamais personne ici n’a vu de petit français aussi parfaitement capable de s’intégrer en milieu arabe « sans même y penser ». Il a les codes et connaît tout, le ton, l’accent, la vie au ras du sol sur les tapis, les prières locales, l’océan, les jeux de mots, les moues et les gestes.

Mais aussi les tables avec des chaises, les couverts à table, les toilettes à l’européenne, les pubs sur boomerang en français, la méditerranée, les églises, les agacements et les connivences à la française.

Même son expression corporelle change, ses expressions de visage, sa façon de faire danser les mains dans l’espace, tout un vocabulaire qui se mime.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 3. Intolérance à l’injustice et faible estime de soi

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Au bout de deux ans passés à la maternelle du village, Nour peut se vanter d’avoir plein de copains chez lesquels je le conduis le week-end. Il comprend le berbère et a très bien réussi son intégration, il est apprécié. D’ailleurs, quand je marche dans les rues avec lui, j’entends psalmodier son prénom, parfois chanté nour nour ananour (lumière lumière je suis la lumière surnaturelle) en référence au coran, généralement accompagné d’un beau sourire. Tout le monde sait qu’il a appris des sourates à l’âge de 2 ans, et il passe pour un enfant « élu ». De plus, étant fin et clair de peau, les canons de beauté enfantine locaux sont à son avantage.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 2. Introspection angoissée

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LA MORT

La petite section à deux ans donc, et quelques mois plus tard, en même temps qu’il acquiert du vocabulaire dans cette troisième langue qu’est l’arabe, il démarrera une longue crise métaphysique : Dieu existe-t-il ? Comment est-il ? Où vit-il ? Que veut-il ? A quoi ressemble-t-il ? Où irais-je après ma mort ? qu’est-ce que je deviens si vous mourrez ? Comment le corps se décompose-t-il après la mort ? Pourquoi ? Les yeux restent-il s ouverts ?

A l’école, on lui parle déjà de Dieu, omniprésent dans cette culture. Et voilà….

Je l’ai sevré il y a peu, à son grand dam, est-ce lié ? La perte du sein à 22 mois couplée à la découverte du divin vécue comme un drame ? Nous sommes désemparés face à ces crises d’angoisse. Un enfant de deux ans ! Comment est-ce possible ? Il est si petit !

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 1. Précocité

PRÉCOCITÉ ?????

nour bébé - CopieLes premiers progrès

Dès le début, certains signes, si nous avions été correctement informés, auraient du nous alerter. Mais nous n’en connaissions pas même le concept, et d’ailleurs qu’est-ce que ça nous aurait apporté ? A part de cesser de s’étonner ?

On sentait bien qu’il y avait un truc qui clochait, comme si on évoluait dans un univers parallèle, mais on s’était si bien mis dans un style de vie « à part », bien avant la naissance de notre fils, qu’on ne se croyait pas autorisés à tracer les contours de ce qui est « normal ». Et puis quand on devient parent, il faut sans cesse faire des choix que l’univers entier vous brandit à la face et ça détourne l’attention.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL- Introduction

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PENSER AUTREMENT : L’INATTENDU ET LE CAPTIVANT

 

Nous l’avons nommé « lumière » parce que nous l’avons conçu dans un pays de clarté indicible et parce que je vis une histoire intense et éternelle avec ces particules que je ressens comme une véritable entité.
En français, ce serait Luc, mais nous l’avons décliné en arabe pour l’aider à s’intégrer dans ce pays si totalement différent du sien et où il devra grandir.
C’est ainsi que Nour naît à Tiznit, au Maroc, mi-juin, d’un couple de parents français d’origine italienne absolument émerveillés.

Je suis un zèbre

« Quel que soit son domaine de création, le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça : une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible. Pour lui, un…