Category: Témoignages Page 1 of 2

1 • Les femmes de ma rue

Elle a divorcé parce qu’elle n’était pas heureuse. Elle a débarqué seule dans cette grande maison vide, sans avoir rien emporté.
La garde alternée la prive désormais de ses enfants une semaine sur deux.

2 • Les enfants de ma rue

Enzo est un petit dur à cuire. Sur sa branche de lunettes, il y a un morceau de scotch parce qu’elles sont cassées. Il n’a jamais rien connu d’autre que les cris et les insultes, alors forcément, il pense que la vie ça marche comme ça.

3 • Les hommes de ma rue

Demain il est convoqué au tribunal à 30 bornes de là. Il ne comprend même pas pourquoi. C’est la faute à ce crétin de voisin qui arrête pas d’appeler les flics aussi. Pourtant elle lui a dit, sa femme, au procureur, qu’il avait rien fait et qu’elle allait très bien.

4 • Les animaux de ma rue

Elle fait 90 kilos et a des crocs de 3 centimètres. Mais c’est une jeune chienne, alors elle se croit encore toute petite. Et puis il faut dire que la mastodonte qui lui hurle dessus toute la journée ne fait rien pour qu’elle se croit impressionnante.

Le sillage

Jeudi soir, c’était le jour de la réunion d’information des classes internationales pour les parents au futur collège de mon fils. Il est situé à gauche du transept…

Les étoiles de neige

Image au microscope de flocons de neige

Je me trouve dans une ville inconnue qui ressemble à Mexico. Les gens cependant y ont une attitude étrange qui ne correspond pas au pannel d’émotions-réactions classique des humains en général, même à Mexico. De plus, je connais vraiment Mexico et je sais que toutes ces attitudes semblent fausses, surjouées, dangereuses. Je sens que je suis passée dans une réalité autre mais je ne dispose d’aucun élément me permettant de le prouver, de le comprendre mieux, de l’analyser à froid, d’en sortir. Je remets à plus tard la résolution de ce mystère tout en gardant présent à l’esprit que ce monde est dangereux, beaucoup plus que le vrai qui est déjà pas mal dans le genre.

Potentiel d’action

potentiel d'action
Cela fait maintenant trois ans que j’ai appris que j’étais surdouée.

« Comment ça appris ? »

Eh oui,…

La douance, c’est un peu comme un nez au milieu de la figure : elle hurlait sa présence par tous les pores de mon cerveau, mais personne, jamais, ne l’avait appelée par son nom.

La douance, c’est un peu comme un secret de famille : ça se voit, ça transpire, tout le monde en parle implicitement, c’est flagrant, et pourtant, dans certaines circonstances, ça reste muet.

Se découvrir surdoué à un âge tardif, c’est peut-être un peu comme chausser des lunettes EnChroma alors qu’on a toujours été daltonien. On s’assoit, le souffle coupé, les émotions en vrac dans la poitrine… 

Sciences existentielles

Ces dernières semaines, la seule image que j’ai trouvée pour illustrer mon état intérieur est cette toile monochrome :

Robert Ryman

Robert Ryman, Chapter, 1981

« Le blanc permet à d’autres choses de devenir visibles« 

Effectivement, ce rien n’est pas vide, c’est une sorte de terre brûlée recouverte d’un manteau de neige qui assourdit tous les bruits du monde. J’ai parfois l’impression d’observer l’humanité et la planète comme j’observais les fourmilières quand j’étais gamine, accroupie et fascinée pendant des heures, seule. Il y a sans doute encore quelque chose de fertile là-dessous, mais comme suspendu dans une hibernation dont seule la nature connaît la fin. J’espère une rencontre sans l’attendre réellement. Rencontre avec l’autre, rencontre avec l’intangible, rencontre avec un désir…?

Désintégration

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Extrait de mon journal
Je ne sais pas ce que j’ai déclenché mais c’est particulièrement désagréable. Maintenant c’est une sorte de colère qui gronde en moi. Cette impression d’être une petite fille gâtée qui s’invente des malheurs pour ne pas s’ennuyer. J’ai la pénible impression que tout ce que j’ai écrit tout à l’heure est un tissu d’âneries.
Comment répondre à une question quand on ne sait même pas laquelle poser ? C’est qu’il n’y a pas de question du tout, que j’ai tout inventé pour occuper une vie bien banale ?
Tu as peut-être raison. Une bonne psychanalyse, une semaine à la mer et puis zou ! Fini les conneries.
Je ne vais quand même pas tourner en rond comme ça pendant des mois !
Mars 2001

Non, pas des mois, des années… Ce n’est pas faute d’y avoir cru. J’ai failli plusieurs fois publier mon journal, me croyant enfin « arrivée ». Ç’aurait été une sorte d’anthologie de la psychothérapie, pour dire aux autres et surtout à moi-même : voyez ! ça marche ! Encore plus fort, après la découverte de mes rayures, le tome 2 aurait crié à tous : « Passez un test de QI, après on est heureux !« . J’y croyais oui : de nouveaux amis, un nouvel amour, la promesse d’une vie sereine, enfin…

Mais j’avais oublié un détail.

La suffocation

220px-Maelstrom-ClarkeJ’étais en pleine kissariat des bijoutiers au centre de Tiznit, en train de papoter en berbère avec un bijoutier, de travailler donc, quand mon mari m’appelle. Je sors de la minuscule échoppe pour avoir du réseau et je l’entends dire, sur un ton scandalisé, « ils ont tué Cabu, Wolinski, grouiiiiiiii, les barbus, grouiiiiiiiiiiiiii, plein de morts, grouiiiiiiiii » et hop ça coupe.
J’ai eu un maelström dans la tête.

Suffer suffer for world

1er_juin_1885_-_Enterrement_Victor_Hugo

J’ai suivi tous ces événements de côté, sans réellement y entrer. Un peu comme dans un brouillard.

Le mercredi matin de l’attaque de Charlie Hebdo, j’étais à Paris. Nous venions d’arriver le soir avant en provenance de la Montagne Noire, et de quelques jours passés en famille, encore un peu tristes d’avoir quitté une petite fille et sa mère. Ce matin-là ce je me suis réveillé et j’ai préparé deux entretiens pros que je devais faire dans l’après-midi dans le 18ème. Plongé dans mes papiers et mon écran, je n’ai rien vu, j’ai juste appris l’info avant de partir, mais je n’avais l’esprit qu’à mes rendez-vous, l’itinéraire à prendre, et ne pas trop arriver en retard. Une journée à discuter, riche et intéressante, puis un retour interminable dans la cohue et la foule triste du métro parisien. Arrivé dans le petit appart de l’amie qui nous héberge, j’apprends le nombre de morts, et leur qualité. Wolinski, Cabu, Maris, bah oui ça me parle.

Je ne sais pas

hope

Le hasard du calendrier… J’étais à Paris ce jour-là…

Je ne me souviens pas de comment j’ai appris la nouvelle. Mon cerveau n’a pas enregistré cette information. C’est déjà très significatif sur la façon dont j’ai vécu ce moment : « Je ne veux rien savoir« . Mais la télé était allumée chez mon amie, j’ai assisté aux scènes en direct. J’avais beau essayer de détourner mon regard, c’est toujours hypnotique ce genre d’images. La peur dans la voix des personnes réfugiées sur le toit…

Un peu plus tard, j’ai entendu les noms de ceux qui étaient mort. J’ai secoué la tête. J’ai vu passer derrière mes yeux l’image de ce drôle de troll souriant, coiffé au bol, qui dessinait pour moi tous les jours, au temps où ma nounou s’appelait Dorothée.

Clair-obscur

clair obscurCe matin, un rêve sensitif – comme je les appelle – m’a tiré du sommeil d’un coup.

Mon père et moi étions dans une immense forêt, nous marchions, il allait de son côté et moi du mien. Une longue rivière chargée de boue nous séparait. Et, alors que je le regardais fouler la terre de son pas nonchalant, j’ai vu un félin – de type lion – lui barrer le passage.

Plaidoyer pour l’intellect

lecture-copyleft-kaleidoblogJe me souviens de ce soir d’été où j’ai retrouvé la joie de la langue. J’étais assise en tailleur, en face d’un petit garçon de 4 ou 5 ans, et nous jouions à nous lancer des mots. Chacun de nous deux laissait vagabonder son esprit au gré du plaisir, et envoyait à l’autre le premier vocable qui pétillait le plus fort. Les « Tomate ! », « Camion ! » et autres « Salsepareille ! » étaient ponctués de grands éclats de rire. Gratuits. Légers. Spontanés.

Grâce à ce petit garçon qui me faisait miroir, je me suis souvenue…

Je me suis souvenue du plaisir joyeux et surpris que j’avais éprouvé, bien des années auparavant, en découvrant les libertés que s’octroyait Boris Vian avec le style littéraire et le vocabulaire…

La guerre est finie

Extrait de mon journal
Je viens de voir à la télé un Monsieur rayonnant qui construit des maquettes d’église avec des bâtons d’esquimaux !
C’est quoi mon bâton d’esquimau à moi ?
J’entrevois tous les possibles mais ils brillent tous ensemble et je ne sais lequel cueillir.
Mars 2001

lost child by silverwing sparrowTreize ans plus tard, j’en suis au même point.
Entre temps, des années de spéléologie psychologique, des larmes, des souffrances conscientisées, une destruction massive de tout ce qui faisait mon identité.
J’ai tout perdu plusieurs fois : une partie de ma famille, mes couples, mes boulots, de nombreux amis, des lieux de vie, mes habitudes alimentaires, et même mes certitudes quant à mon orientation sexuelle.

Parfois, j’ai eu l’impression d’avoir tout gagné, d’être libre pour la première fois de ma vie.

Libre de quoi ?

La rage de revivre

Suicide_by_celticwillowJe viens de comprendre que je me suis suicidée, sans doute vers l’âge de 14 ans. Suicidée intellectuellement et culturellement. Ce hara-kiri que j’observe chez pas mal de surdoués masculins et qui se situe en général à l’âge adulte, qui me fascine et me questionne, il a eu lieu beaucoup plus tôt chez moi. Apparemment chez les filles c’est comme ça, si j’en crois JSF. Il a eu lieu avant même que j’ai eu le temps de me construire. Les fausses idoles, les musiques mièvres, les fausses préoccupations sont venues remplir le vide intersidéral de ma solitude. J’ai totalement cessé de lire, de me cultiver, attention danger.

L’air de rien

saxophone_by_rhubarbandcustardÇa faisait tellement longtemps que je n’avais plus écrit. Je me disais que c’était normal, que j’avais passé la phase de ma vie consacrée à l’introspection, que désormais je vivais ma vie plutôt que de l’écrire. Je m’aperçois qu’il n’en est rien, que si je n’écrivais plus, c’est parce que je n’avais plus rien à dire, ni en bien, ni en mal. Je m’aperçois -fallait-t-il tout ce temps ?- que l’écriture est ma respiration, qu’elle m’emplit, qu’elle m’habite, qu’elle est le prolongement d’un corps, le mien.

Devenir femme

NarcisseLa première fois que je l’ai rencontrée, c’était un matin clair de juillet. Un jour de départ. Je venais de passer deux semaines irréelles dans un lieu clos, ce genre de lieu verdoyant et isolé que choisissent les écoles de formation de psys pour protéger leurs élèves des éléments extérieurs… Je disais au-revoir, le coeur serré, à ces nouveaux amis, futurs collègues. Et puis j’ai croisé son regard noir ébène. Et j’ai reçu un coup de poing dans la poitrine… Je ne parvenais plus à m’en détacher, je ne parvenais plus à partir, et pourtant il l’a bien fallu…

(sans nom)

yin yangJe suis née dans une famille athée, de celles que Pagnol aurait pu décrire tant elle est truffée d’instituteurs gauchistes à l’accent provençal. C’était un athéisme militant, une forme de religion extrémiste qui fustige tous ces cons de croyants et ces salopards de curés. Il y avait bien ma grand-mère maternelle qui était catholique. Mais elle était non pratiquante, et tout ce que j’ai su de sa foi, c’est une médaille « Ave Maria » qui m’est restée, une petite vierge en plastique remplie d’eau de Lourdes, et sa volonté d’être enterrée à l’église.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 6. Hypersensibilité sensorielle

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« -Moi j’ai une arme pour jouer à cache-cache !

– Ah ! oui ? et c’est quoi ?

– L’ouïe ! j’entends fort tu sais, même si je cache mes yeux pour compter, mon ouïe elle me dit où il est allé, il ne me reste plus qu’à trouver dans cet endroit les bonnes cachettes. D’ailleurs, je sais toujours quand ça va sonner. Les transports scolaires ont beau être loin de ma classe, je les entends démarrer et ça veut dire que c’est presque l’heure. »

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 5. Veut tout comprendre

11866618-fond-d-39-etoile-de-noel« -Maman, le maître, en cours de sciences, il a dit : qui sait ce que veut dire hayaouanatoun baïdan et je l’ai su d’un coup je sais pas comment ! Il avait à peine fini que j’avais levé le doigt ! »

– Ah, bon ? Et c’est quoi?

– Ben tu sais, les animaux qui font des oeufs,

-Ah ! les ovipares,

– Voiiiiiiiiiiiiiilà !  »

Je me disais que j’allais me servir de l’exemple des cours à l’école pour parler de cette façon de savoir « d’un coup », de ses capacités d’apprentissage et de mémorisation assez étonnantes, puis je me suis dit que s’il était assez excité par les ovipares en arabe pour nous en parler, alors qu’habituellement il ne nous raconte RIEN de sa vie à l’école, c’était parce qu’il s’agissait du cours de sciences naturelles.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 4. Capacité d’adaptation sociale

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LE CAMÉLÉON

De l’avis général, jamais personne ici n’a vu de petit français aussi parfaitement capable de s’intégrer en milieu arabe « sans même y penser ». Il a les codes et connaît tout, le ton, l’accent, la vie au ras du sol sur les tapis, les prières locales, l’océan, les jeux de mots, les moues et les gestes.

Mais aussi les tables avec des chaises, les couverts à table, les toilettes à l’européenne, les pubs sur boomerang en français, la méditerranée, les églises, les agacements et les connivences à la française.

Même son expression corporelle change, ses expressions de visage, sa façon de faire danser les mains dans l’espace, tout un vocabulaire qui se mime.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 3. Intolérance à l’injustice et faible estime de soi

calimero trop injuste
Au bout de deux ans passés à la maternelle du village, Nour peut se vanter d’avoir plein de copains chez lesquels je le conduis le week-end. Il comprend le berbère et a très bien réussi son intégration, il est apprécié. D’ailleurs, quand je marche dans les rues avec lui, j’entends psalmodier son prénom, parfois chanté nour nour ananour (lumière lumière je suis la lumière surnaturelle) en référence au coran, généralement accompagné d’un beau sourire. Tout le monde sait qu’il a appris des sourates à l’âge de 2 ans, et il passe pour un enfant « élu ». De plus, étant fin et clair de peau, les canons de beauté enfantine locaux sont à son avantage.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 2. Introspection angoissée

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LA MORT

La petite section à deux ans donc, et quelques mois plus tard, en même temps qu’il acquiert du vocabulaire dans cette troisième langue qu’est l’arabe, il démarrera une longue crise métaphysique : Dieu existe-t-il ? Comment est-il ? Où vit-il ? Que veut-il ? A quoi ressemble-t-il ? Où irais-je après ma mort ? qu’est-ce que je deviens si vous mourrez ? Comment le corps se décompose-t-il après la mort ? Pourquoi ? Les yeux restent-il s ouverts ?

A l’école, on lui parle déjà de Dieu, omniprésent dans cette culture. Et voilà….

Je l’ai sevré il y a peu, à son grand dam, est-ce lié ? La perte du sein à 22 mois couplée à la découverte du divin vécue comme un drame ? Nous sommes désemparés face à ces crises d’angoisse. Un enfant de deux ans ! Comment est-ce possible ? Il est si petit !

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL 1. Précocité

PRÉCOCITÉ ?????

nour bébé - CopieLes premiers progrès

Dès le début, certains signes, si nous avions été correctement informés, auraient du nous alerter. Mais nous n’en connaissions pas même le concept, et d’ailleurs qu’est-ce que ça nous aurait apporté ? A part de cesser de s’étonner ?

On sentait bien qu’il y avait un truc qui clochait, comme si on évoluait dans un univers parallèle, mais on s’était si bien mis dans un style de vie « à part », bien avant la naissance de notre fils, qu’on ne se croyait pas autorisés à tracer les contours de ce qui est « normal ». Et puis quand on devient parent, il faut sans cesse faire des choix que l’univers entier vous brandit à la face et ça détourne l’attention.

VOYAGE DANS UN PAYSAGE MENTAL- Introduction

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PENSER AUTREMENT : L’INATTENDU ET LE CAPTIVANT

 

Nous l’avons nommé « lumière » parce que nous l’avons conçu dans un pays de clarté indicible et parce que je vis une histoire intense et éternelle avec ces particules que je ressens comme une véritable entité.
En français, ce serait Luc, mais nous l’avons décliné en arabe pour l’aider à s’intégrer dans ce pays si totalement différent du sien et où il devra grandir.
C’est ainsi que Nour naît à Tiznit, au Maroc, mi-juin, d’un couple de parents français d’origine italienne absolument émerveillés.

Je suis un zèbre

« Quel que soit son domaine de création, le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça : une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible. Pour lui, un…

Parcours contemplatif

parcours6La première fois que j’ai rencontré Yann, c’était subrepticement, dans un couloir. Nous avons échangés quelques mots mais déjà, j’étais propulsée ailleurs, hors du temps, hors des paroles, j’ai été littéralement aspirée par son regard. C’était comme si deux dialogues avaient lieu à la fois : le sens anodin d’une demande administrative, et le partage muet de deux inconscients pour qui les mots sont inutiles : une première prise de contact avec son univers.

Et puis Yann est venu en visite dans mon groupe de formation. « Je suis acrobate, dans les arbres » nous a-t-il dit : de quoi alimenter ma fascination et mon imaginaire. Ses mouvements, son rapport au corps et sa façon de parler des arbres comme s’ils étaient des amis me mettaient soudainement en contact avec tout ce dont je m’étais coupée : mon propre corps, mes sensations, et l’énergie de la nature.

Le chemin du cœur
Point neuf : les elles du désir

Modelage

Pendant longtemps, j’étais plutôt tranquille au fond de ma forteresse, bien plus préoccupée par le social et mon image que par ce qui se passait à l’intérieur. Ce n’est qu’après le bac, lorsque j’ai « coupé le cordon » pour la première fois et que j’ai commencé à voler de mes propres ailes que l’effondrement a commencé, lentement mais sûrement. J’avais vingt ans la première fois que je suis restée paralysée, livide, sans comprendre ce qui m’arrivait. Au lieu de faire consciencieusement mes devoirs pour le lendemain, j’étais en train de prendre un grand plaisir à jouer à la console vidéo : j’ai été terrassée par ce que j’identifie aujourd’hui comme ma première attaque de panique.

Le chemin du cœur
Point huit : la réconciliation

Château double

Il y a quelques années, lors d’un stage de feu l’ANPE, une formatrice m’a dit : « Votre CV fait peur ! Vous avez fait tellement de choses différentes qu’on ne sait pas qui vous êtes ». J’ai gentiment accepté de « maquiller » cette image sociale de moi pour lui donner une forme cohérente, masquant certaines expériences, modifiant le libellé de certaines autres,… J’ai bien senti que je n’étais pas d’accord, mais je n’ai rien dit, j’ai joué le jeu. Cet épisode banal résume assez bien l’histoire de ma vie.